Delphine Klopfenstein Broggini, Conseillère nationale verte, alerte : « Dans un paysage médiatique déjà fortement fragilisé en Suisse romande et à Genève, l’initiative anti-SSR, ferait peser un danger majeur sur l’équilibre de l’information et la démocratie locale. Depuis plus de quinze ans, notre région subit fermetures de titres, fusions de rédactions et suppressions de postes réduisant la diversité des points de vue, la couverture de proximité et la capacité d’enquête. Dans ce contexte, sous pression aussi de la concurrence numérique, une réduction drastique des moyens de la SSR – déjà engagée dans d’importants plans d’économies – affaiblirait l’ensemble du système médiatique suisse, sans que les médias privés puissent compenser les pertes. Les conséquences toucheraient directement de nombreux milieux, notamment la culture, le sport, le monde associatif et les jeunes publics. En raison de la taille restreinte de son marché et de sa dépendance à la péréquation, la Suisse romande serait particulièrement exposée, avec des effets très concrets à Genève : recul de l’information locale, affaiblissement du journalisme de terrain et risque accru pour la cohésion démocratique. »
La SSR joue un rôle majeur pour la sécurité
Pour Pierre Nicollier, président du PLR genevois, l’initiative fait courir un risque majeur pour la sécurité. « Dans un monde où la vérité est négociable, la SSR doit protéger notre sécurité par une information objective. La SSR est loin d’être parfaite, mais elle reste une pièce prépondérante permettant à la population de forger son propre jugement, contre la désinformation et la manipulation. Le WEF Risk Report 2025 classe la désinformation comme le plus grand risque mondial. Et le Conseil fédéral note que la Russie et la Chine essaient déjà d’influencer l’opinion de la population suisse. Notre démocratie directe repose sur les faits et la confiance et la différence entre un service public et une télévision d’État est que l’on y débat, on ne censure pas. Techniquement, et cela est peu connu, elle gère une infrastructure critique : les studios autonomes doivent tenir dix jours en cas de blackout. Contrairement au téléphone portable qui ne durerait pas plus de 30 minutes. En cas de crise majeure, elle permet d’informer par radio et canaux sécurisés à la population. »
Des conséquences brutales sur l’emploi
Jean Burgermeister, secrétaire syndical SSM, dénonce les conséquences de l’initiative sur l’emploi: « L’acceptation de l’initiative engendrerait la suppression d’au moins 6000 emplois, la moitié à la SSR et l’autre moitié dans des entreprises externes. La RTS emploie environ 1'200 personnes à Genève, ces emplois seraient particulièrement touchés par l’initiative qui entraînerait inévitablement une centralisation de la SSR, au détriment des régions linguistiques minoritaires. La baisse de la redevance décidée par le Conseil fédéral, qui entrera en vigueur à partir de 2027, prive d’ores et déjà la SSR de 17% de son budget. Les salarié.es sont confronté.es à des plans de licenciement collectif chaque année, et cela va continuer jusqu’en 2029. Or ce sont les salarié.es qui font le service public au quotidien. »
Une attaque contre l’information indépendante
Olivier Gurtner, Conseiller municipal PS en Ville de Genève souligne l’importance d’une information indépendante : « Aujourd’hui plus que jamais, le travail de vérité, montrer l’autre côté du miroir est devenu très difficile, tant les pressions sont grandes. Au moyen de la redevance, les citoyennes et citoyens signent un contrat avec la SSR : nous voulons un travail indépendant, fouillé et libre. A la RTS, le Pôle Enquêtes a pu réaliser un important travail sur plusieurs dossiers, comme l’affaire Dittli, Dominique Giroud, les drones de l’armée suisse qui gèlent en hiver, etc. Il s’agit véritablement d’un 4ème pouvoir. En attaquant la redevance, cette initiative attaque l’information indépendante des partis et des groupes, au service du public et une condition du débat démocratique. »
Les milieux culturels vent debout contre l’initiative
« L’Orchestre de la Suisse Romande et la SSR sont liés depuis le début, cette dernière nous permet de multiplier l’audience d’une manière incroyable dans tous les foyers suisses et à l’international. Elle est un acteur essentiel dans l’input de projets et dans leur diffusion et a permis entre autres pendant le Covid d’assurer la continuité de la production culturelle en la diffusant très largement. » indique Steve Roger, Directeur général de l’OSR.
De lourdes conséquences pour le sport
Pour Thomas Huwiler, Triathlète professionnel et Président du triathlon Club Genève, « La SSR diffuse chaque année près de 9000 heures de sport en direct et met en lumière une trentaine de disciplines différentes. Elle est une actrice centrale de la diversité sportive et un pilier essentiel du sport féminin. Accepter l’initiative anti-SSR, c’est tourner le dos à cette pluralité et réduire le sport au football et au hockey masculins. Celles et ceux qui aiment le sport disent non à cette initiative. Celles et ceux qui savent que la diffusion et la valorisation de disciplines variées sont le meilleur levier pour promouvoir le sport et mettre les jeunes en mouvement également. Une culture sportive ne va pas de soi : elle se construit. La promouvoir est une mission régalienne, essentielle pour la santé physique et mentale de la population. »
Le directeur du Concours Hippique International de Genève (CHI), Alban Poudret, ajoute : « La SSR fait un travail essentiel pour la promotion du sport. Cela fait plus de 80 ans que la RTS couvre le CHI, et depuis plus de 50 ans en direct. La qualité de la réalisation est exceptionnelle et contribue à l’aura de la manifestation. La SSR défend l’ensemble des sports et pas seulement les 2 ou 3 plus médiatisés, contrairement à beaucoup de chaînes privées.